Commençons par le cas le plus grave.
Ne croyez pas que ça n’arrive qu’aux
enduristes : la fréquentation des routes et autoroutes par certains gibiers a
nettement augmenté ces dernières années avec la densification du réseau routier
et la déforestation. Les territoires de vie des animaux sauvages se réduisent,
ils sont amenés de plus en plus souvent à traverser des routes.
Après un accident avec un animal
Près de 25.000 collisions de véhicules avec des animaux sauvages sont recensées chaque année sur les routes françaises. 46% de ces accidents sont causés par des sangliers, 34% par des chevreuils et 5% par des cerfs. Un chiffre qui devrait aller encore en augmentant avec la prolifération constatée de la faune sauvage.
Pour les animaux qui ne sont pas forcément désirés sur le trajet, il est bon de connaître certaines choses, surtout en termes d’assurance. Quand sommes-nous en tort et où s’arrêtent nos droits ?
1- Si j’ai un accident à cause d’un animal domestique, deux cas de figure :
A - Le propriétaire de l’animal est identifié ou retrouvé plus tard le
propriétaire.
Celui-ci – ou son assurance responsabilité civile (RC) du
contrat multirisques habitation - paiera la note si l’animal est reconnu «
fautif ». Le motard sera dédouané de toute responsabilité.
B - Si aucun
propriétaire n’est identifié, l’animal est considéré comme n’appartenant à
personne et est assimilé à un animal sauvage.
2 - Si j’ai un accident à cause d’un animal sauvage
Pour un motard assuré tous risques, l’accident sera considéré comme un sinistre sans tiers identifié : il sera indemnisé de tous les dommages matériels (moins la franchise prévue par le contrat). Et un malus lui sera appliqué.
Pour les dommages corporels, le motard sera indemnisé si une garantie corporelle conducteur a été souscrite. Certaines assurances couvrent d’office (sans recherche de responsabilité) leurs assurés en cas de dommages corporels, vérifiez votre contrat.
Pour un motard qui n’est pas assuré tous risques, les dommages matériels
seront difficilement remboursables, mais les dommages corporels seront
indemnisés par le FGAO.
La loi de sécurité financière du 1er août 2003 a en
effet simplifié les démarches d’indemnisation des victimes de ce type
d’accidents en créant le Fond de Garantie des Assurances Obligatoires de
dommages (FGAO).
Sans se substituer aux protections offertes par l’assurance du conducteur, cet organisme complète ou pallie leur absence dans le cas où l’assuré n’a pas souscrit de contrat “garantie individuelle accident”, en réparation des dommages corporels.
Pour ce qui concerne l’indemnisation des dommages matériels, il faut savoir qu’elle n’est pas systématique. Quelques critères sont examinés afin de prévenir d’éventuelles fraudes à l’assurance.
L’indemnisation des dommages matériels par le FGAO interviendra alors soit quand il y a des dommages corporels à déplorer, soit, si ce n’est pas le cas, dès lors que l’animal a pu être identifié.
Pour le passager, celui-ci étant sous la responsabilité du pilote, l’assurance RC du pilote prendra à sa charge ses dommages physiques et matériels.
Un cas particulier : si vous avez un accident avec un animal sauvage “levé” par un chien au cours d’une battue, la société de chasse qui l’a organisée peut être mise en cause, elles sont assurées pour ça.
Comment éviter l’accident avec un animal
Soyez particulièrement vigilants lorsque vous traversez des forêts !
- Le matin tôt et à la tombée de la nuit : ce sont les heures de déplacement du gibier.
- Lors des périodes de chasse (de septembre à février) : un animal effrayé, rabattu ou en fuite, peut se précipiter sur la route.
- En avril-mai et en automne : ce sont les grandes périodes de transhumance du gibier.
- Au printemps, période de reproduction des espèces.
Si vous croisez la route d’un individu isolé, redoublez de vigilance car il y a des chances qu’il soit suivi d’autres, comme c’est souvent le cas des cervidés et des sangliers.
Précision à propos des périodes de chasse
Lorsque l’on pense “ouverture de la chasse”, on pense au mois de septembre. Mais en fait, en France, on chasse plus de 6 mois par an.
L’ouverture générale de la chasse a lieu :
- le 1er dimanche de septembre en Corse ;
- le 2ème dimanche de septembre dans le sud de la France (Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Poitou-Charentes, Limousin, Aquitaine, Midi-Pyrénées, Franche-Comté, Auvergne et Rhône-Alpes) ;
- le 3ème dimanche de septembre en Pays de Loire, et départements de la Côte d’or, de l’Indre et Loire, de la Saône et Loire ;
- le 4ème dimanche de septembre dans le Nord de la France (Nord, Picardie, Ile de France, Centre, Haute-Normandie, Basse-Normandie, Bretagne, Champagne-Ardenne, Lorraine, Bourgogne).
Mais il faut savoir qu’à partir du 15 août, les battues au sanglier se pratiquent de plus en plus.
Sur autorisation individuelle, la chasse à l’approche ou à l’affût du sanglier, du chevreuil ou du daim peut commencer dès le 1er juin. Depuis 2005, le renard peut aussi être chassé lors de ces chasses précoces aux sangliers ou aux chevreuils. D’où un risque accru d’en croiser sur les routes.
La fermeture générale a lieu le dernier jour de février. Mais la chasse à courre se tient jusqu’au 31 mars !Nota : S’il vous arrive d’écraser du gibier ou de rencontrer un gibier mort sur la route (ou au bord), n’y touchez pas, mais avertissez la DDE ou les services techniques de la commune la plus proche ou la gendarmerie.
Si vous emportez ne serait-ce qu’un faisan – un sanglier sur une moto, c’est déjà plus dur - dans l’idée de cuisiner un petit civet, cet acte pourra être assimilé à du braconnage (sanctionné par des peines pouvant aller jusque 6 mois d’emprisonnement et 9 000 € d’amende).
En règle générale, il faut nettement ralentir sa vitesse lors de traversées forestières : une moto ne saurait résister à une collision avec un sanglier (surtout adulte), par exemple, et l’accident peut s’avérer mortel pour l’animal comme pour le motard, sans parler d’importants dégâts sur la moto.
C’est impressionnant de voir à quel point un animal d’apparence inoffensive, ne serait-ce qu’un daim ou un jeune sanglier, peut faire de gros dommages sur une bécane, même avec un impact à seulement 60 ou 70 km/h !
Outre les animaux vivants, il faut aussi songer à l’éventualité d’une carcasse d’animal mort restée sur la chaussée après un choc avec un véhicule. En cas de collision, un sanglier mort fait autant de dégâts qu’un vivant…
Le plus gros problème avec les accidents avec les animaux, c’est leur caractère imprévisible. A mesure des années et de l’expérience, nous pouvons apprendre à réduire le risque de collision avec une voiture. Avec les animaux, c’est impossible. Vous pouvez avoir parcouru un million de kilomètres sans anicroche et un beau jour, au détour d’une balade tranquille en forêt, un chevreuil ou un daim surgit brutalement, et boum !
Pour prévenir la collision, quelques précautions :
- garder deux doigts sur le levier de frein pour mettre un bon “coup de patin” très vite.
- de nuit, se préparer à couper très vite les pleins phares et à klaxonner. La lueur des phares hypnotise et paralyse beaucoup d’animaux, alors que le bruit les fait fuir.
- monter des sifflets à ultra-sons. Cela ne coûte rien (ou presque), c’est facile à installer (ça se colle sur la moto), ça peut se mettre de façon très discrète, c’est “passif” (pas de consommation d’énergie). Leur efficacité n’est pas prouvée de façon irréfutable, mais clairement, ça ne peut pas faire de mal.
Cela ne fait pas de mal non plus d’en savoir un peu plus sur les us et
coutumes de ces braves bêtes, notamment sur les daims, chevreuils et autres
cervidés qui se déplacent très rapidement avec des trajectoires
imprévisibles.
Il s’agit d’animaux craintifs, qui aiment à se cacher parmi
les arbres. Moralité, on ne les voit pas arriver tant qu’ils ne sont pas sur la
route.
Leur nourriture favorite est le feuillage tendre et l’herbe grasse. En
été, vous risquez donc de les croiser dans les sous-bois ombragés, les lits de
rivière, toutes les zones humides et fraîches, voire sur le bord des routes
ombragées où ils se délectent du gazon de l’accotement.
De jour et de loin, un petit daim ou chevreuil en train de paître sur le bas-côté pourra ressembler à un gros chien, un petit rocher couvert de lichen ou un gros carton beige. Ce n’est que quand il relèvera la tête que vous apercevrez ses grandes oreilles et peut-être une ramure. A ce moment-là, il est temps de sauter sur les freins…
Les cervidés préfèrent se cacher de jour et se nourrir de nuit. Il vaut mieux y penser si vous envisagez un trajet de nuit à travers de grandes forêts de feuillus. De nuit, leur robe ne reflète pas la lumière, mais leurs yeux renverront la lumière de vos phares avec un blanc brillant, proche de celui des panneaux réfléchissants. Comment savoir si ce reflet là-bas sur la côté de la route est un panneau routier ou un animal ? Facile : l’oeil de l’animal va cligner. Si vous voyez un panneau vous faire un clin d’oeil, soit vous avez abusé sur la marie-jeanne ou la gnôle, soit c’est un daim qui vous fait face.
A propos des panneaux, tenez-vous vraiment compte de ce joli triangle rouge de danger avec un cerf bondissant qui annonce un passage fréquent de grands animaux ? La plupart des conducteurs ne réagissent pas à ce panneau. Vous faites comme vous voulez, mais si vous rencontrez ce panneau à moto au crépuscule ou à l’aube, à votre place, moi je ralentirais…
Ralentir vous donne plus de temps pour repérer les animaux, pour réagir et effectuer une manoeuvre d’évitement. Donc c’est le moment de rouler cool. Si une voiture vous colle au train, c’est le moment de la laisser passer devant, elle dégagera la route.
Que faire en cas de rencontre avec un animal sauvage ?
Si un gros animal sauvage se pointe soudainement sur votre trajectoire, vous
allez devoir prendre en moins d’une seconde une décision cruciale.
Allez-vous
ralentir brusquement puis réaccélérer fort, comme pour semer un chien méchant ?
Allez-vous effectuer un évitement “pif paf”, comme quand une voiture émerge
d’une allée ? Allez-vous opérer un freinage d’urgence, comme quand une bagnole
vous coupe la route sous le nez ?
Vous pouvez penser que si vous roulez vite, vous passerez plus vite la zone
dangereuse. Ou encore qu’en restant à haut régime, le bruit de votre pot
d’échappement effraiera les animaux.
Mais un daim ne réagit pas comme un
chien ou une vache. Il réagit par rapport à la proximité du danger, plus qu’au
mouvement ou au son. Même avec un pot “full barouf”, il risque fort de vous
regarder arriver, puis de retourner brouter. Jusqu’à ce que vous arriviez tout
près (une vingtaine de mètres), et là, il va détaler d’un coup. Il partira
d’abord tout droit dans la direction où il est tourné, puis entamera une série
de zigzags aléatoires, comme pour échapper à un loup qui le poursuivrait. On
n’efface pas des millénaires d’instinct de survie…
Le cervidé partira toujours droit devant lui, quelle que soit la direction
dans laquelle il est orienté, et même si sa trajectoire doit le mener sur la
route, juste devant votre moto.
C’est pourquoi le seul bon choix est
de freiner vite et fort dès que vous le voyez.
Pourquoi ne pas faire un évitement ? Parce qu’un évitement suppose que vous
puissiez prévoir dans quelle direction partira le daim. Mais après avoir
parcouru quelques mètres droit devant lui, sa “tactique” est justement de courir
dans des directions aléatoires, pour désorienter ses prédateurs.
Pourquoi ne
pas accélérer ? Parce que vous n’êtes pas certain de pouvoir éviter l’animal et
qu’en cas de choc, plus vite vous roulerez, plus destructeur sera l’impact.
Afin d’éviter le freinage d’urgence brutal et parfois casse-gueule, une double précaution s’impose : pour freiner le plus tôt possible, gardez deux doigts sur le levier de frein et freinez dès que vous voyez un animal ou tout ce qui pourrait ressembler à un animal à moins de dix mètres du bord de la route.
Que faire face à un animal domestique errant ?
Il n’y a pas que les animaux sauvages qui peuvent poser problème. Les animaux de ferme, vaches, chevaux, moutons, chèvres… sont parfois laissés en dehors des pâtures, on les retrouve paissant ou divaguant au bord des routes.
Dans la plupart des cas, les vaches ne se soucient pas tellement des motos, elles ne se sentent pas menacées. Leurs veaux par contre sont souvent nerveux. Comme tous les petits, ils auront tendance à courir vers leur mère s’ils se sentent en danger. Les chevaux sont aussi facilement effrayés, alors méfiance.
Si vous êtes confronté à un troupeau de chèvres ou de moutons en train de traverser la route, n’essayez pas de vous frayer un chemin à coups de klaxon. C’est le meilleur moyen de créer la panique parmi les animaux. Si le troupeau doit passer juste à côté de la moto, le mieux est encore de couper le moteur. Laissez le berger ou l’éleveur faire passer ses bêtes le plus vite possible.
Si vous croisez un animal errant seul, passez très lentement. Et si possible, allez signaler sa présence à la ferme la plus proche, surtout s’il est visiblement échappé d’une pâture. Si c’est en Corse, ne vous embêtez pas, c’est normal.
Comment transporter un chien
On peut transporter de petits animaux à moto, mais force est de constater que
dans la plupart des cas, il s’agit de chiens, en général de petite ou moyenne
taille.
Les chats n’apprécient pas trop la moto (encore moins que la voiture)
et assez peu de motards ont l’idée d’emmener leur poisson rouge ou leur perruche
favorite. Je n’ai encore jamais vu de NAC (nouveaux animaux de compagnie) sur
une moto, mais “impossible n’est pas français” et je ne désespère de croiser un
jour un serpent, un cochon nain ou un iguane sur la selle arrière d’une
Goldwing…
Le leader français de la bagagerie moto, Bagster, a conçu des sacoches de
réservoir qui permettent à de petits chiens de nous accompagner pendant nos
balades.
Pour un gros chien tel un berger allemand, il faudra prévoir autre
chose, mais si ce n’est qu’un yorkshire, à condition qu’il soit un peu habitué,
ça passe.
Pour les animaux plus gros, la solution sera une remorque à accrocher à l’arrière de la moto. Il en existe à une roue pour un volume moyen, mais on doit mettre un animal dedans, il paraît préférable de choisir un modèle stable, à deux roues, qui ne penchera pas.
Côté assurance, si vous avez un accident alors que vous transportez votre animal préféré, vous serez assuré comme si vous étiez seul.
Si la compagnie arrive à démontrer que l’accident est imputable à l’animal,
ce qui est pratiquement impossible, votre assurance pourrait en prendre prétexte
pour refuser de vous couvrir.
Si votre animal a été blessé au cours d’un
accident pour lequel vous n’êtes pas responsable, il n’y a aucune raison que
votre assureur refuse de faire le recours auprès de l’assureur du
responsable.
Si l’assureur de votre l’animal refuse, il faut le mettre en
demeure par courrier recommandé de le faire, en demandant que l’affaire soit
traitée en droit commun et non en convention.
S’il refuse toujours, ne pas
hésiter de le poursuivre en justice en se faisant aider par une association de
défense soit des consommateurs, soit des animaux.