Constat de base, évident : un motard débutant achète son équipement (au moins
celui de base) avant sa moto.
Hé oui, la moto ne s’achète qu’après avoir eu
le permis A ! Ou juste avant, pour les optimistes.
Alors que le casque, le
blouson et les gants sont eux nécessaires dès le début de l’apprentissage.
Certaines moto-écoles peuvent prêter un casque pour les premières leçons, mais
assez vite, il faut avoir le sien propre. De même, si votre formateur fait son
boulot un minimum correctement, il vous incitera assez vite à venir avec un
blouson renforcé et des gants.
D’ailleurs, même si le casque reste le seul équipement obligatoire aux yeux
de la loi pour conduire un deux roues, une récente circulaire du ministère de
l’Equipement rappelle aux inspecteurs du permis de conduire qu’il est VIVEMENT
conseillé de se présenter à l’examen du permis A avec non seulement des gants
(il faut obligatoirement les présenter, mais les porter n’est pas encore
obligatoire), mais aussi un blouson et des bottes de moto.
Avec cette
circulaire, un inspecteur a le droit de refuser d’examiner un candidat qui ne
serait pas convenablement équipé. Et qui devra donc revenir en deuxième
séance…
Pour une fois, ce progrès en termes de sécurité nous vient des
DOM-TOM, plus précisément de La Réunion, où le préfet a été alerté par les
inspecteurs du grand nombre de candidats arrivant à l’examen en t-shirt et en
tongues… Comme la loi est la même partout sur le territoire français, la même
exigence est dorénavant valable y compris sur le territoire métropolitain !
Premier problème: les dépenses d’équipement vont intervenir en même
temps que les versements pour les leçons du permis…
Quand on sait
que la plupart des motards débutants galèrent pour se payer le permis, râlent
que “le permis, c’est trop cher, trop dur” et préfèrent économiser le peu de
sous qu’il leur reste pour leur future monture, on se doute que le budget
d’équipement s’annonce réduit.
De fait, le discours fréquemment entendu reste: “je prends le minimum et je
m’équiperai petit à petit, après”.
Et là, je dis: “Non !!”
Une
moto, ça se change, pas un motard.
On ne le répètera jamais assez: il est primordial de posséder un équipement de bonne qualité sur le dos dès qu’on roule en moto, même pour 100m, même pour un jour, même en passager.
Tout le monde sait bien que le motard ne possède pas de carrosserie pour le
protéger. Mais tant qu’ils ne se sont pas pas pris une bonne gamelle, très peu
de gens réalisent à quel point l’être humain est fragile.
Notre corps a
évolué depuis des milliers d’années, mais globalement, il n’a pas changé depuis
2.000 ans, il est resté tel qu’à une époque où l’humanité se déplaçait surtout à
pied.
Le corps humain n’est pas fait pour supporter des chocs à une vitesse
supérieure à 30 km/h !
Pourquoi les tests de la norme européenne de casque se
font à 27 km/h ? Parce que le crâne humain ne saurait de toute façon pas
résister à une décélération brutale à partir d’une vitesse supérieure. Les
études médicales ont montré que les premiers dégâts sur le cerveau interviennent
dès un impact à la vitesse (ridicule) de 17 km/h.
Pourquoi les crash-tests
NCAP des voitures se font à 54 km/h ? Parce qu’au-delà, la force de la
décélération en 0,1 seconde contre un mur en béton est telle qu’elle entraîne de
toute manière des lésions internes, souvent fatales.
Rappelez-vous comme ça
fait mal quand vous vous prenez une porte, un mur, un arbre dans la gueule juste
en marchant… Juste en marchant, à 5 km/h maxi. Et multipliez ça par 10, par
20.
Pourtant, le premier réflexe du débutant (pilote ou passager d’ailleurs) est de se diriger vers les produits les moins chers.
Au contraire, c’est bien dès le début que vous avez besoin du
meilleur équipement.
En effet, il y a de fortes chances que vous
tombiez lors de votre formation, en plateau ou en circulation, et/ou lors de vos
premiers mois de pratique. Il vous faut donc rouler bien protégé, c’est-à-dire
entièrement couvert de matériaux résistants, avec des renforts à tous les
endroits saillants ou fragiles: tête, épaules, coudes, mains, colonne
vertébrale, genoux, chevilles, pieds.
Pensez-y: si vous chutez un peu vite, vous allez facilement vous faire
mal.
Donc devoir arrêter l’entrainement pendant quelques temps. Une ou deux
semaines, au mieux. Parfois plusieurs mois. Un poignet cassé, ça n’a l’air de
rien, mais ça fait super mal et cela met des mois à se remettre. Résultat des
courses: au retour à la moto-école, vous repartez de zéro. Trois semaines ou un
mois d’arrêt et vous avez tout oublié.
Imaginez que cela vous arrive à deux
semaines de l’examen… Tout à refaire, devoir attendre une nouvelle date…
En
voulant gagner 200 euros, on se retrouve avec des centaines d’euros gaspillés et
six mois de perdus.
Ne croyez pas que j’exagère, j’ai déjà vu ce cas,
plusieurs fois.
Même si vous ne tombez pas (c’est tout le mal que je vous souhaite), vous
serez forcément tendu au début, crispé, pas à l’aise. Si en plus, vous avez
froid ou trop chaud, que vous vous retrouvez mouillé(e) ou en nage, vous allez
vous fatiguer encore plus vite et vous crisper encore plus. Votre corps occupera
une part croissante de votre esprit par ses signaux d’inconfort ou de douleur,
et votre capacité de vigilance diminuera.
Et donc le risque d’accident
augmentera.
Un accident, c’est du temps de perdu, de la souffrance, de
l’argent gaspillé en soins, réparations, franchises, malus, rachat
d’équipement…
Tout ça parce qu’on a lésiné sur une doublure thermique, une
surveste de pluie, des bottes étanches, etc.
Témoignage d’une motarde:
“A l’époque étudiante et passagère
uniquement, je n’avais pas l’intention de me ruiner en équipement. En totalité,
j’en avais pour moins de 400€ sur le dos, déjà une petite fortune à mes yeux. Au
bout de quelques mois, mon casque est devenu trop grand à cause du tassement des
mousses, l’intérieur de ma veste s’est désagrégé, les protections de mon
pantalon n’étaient plus en face de mes genoux…
Bilan, j’ai tout racheté, et
cette fois en full cuir. Mais cette fois, j’ai pris du vrai matos de bonne
qualité. Cher certes puisque j’ai plus que triplé la valeur totale de mon
matériel. Mais ce que je regrette surtout, c’est d’avoir pratiquement foutu 400€
en l’air lors de mon premier passage en caisse !“
Il faut investir dès le début dans un bon équipement, complet et de qualité, afin de rouler détendu et confortable.
Et quand je dis “de qualité”, ce n’est pas forcément du neuf chez BMW ou
Rukka ou Dainese ou IXS.
Beaucoup de motards arrêtent la moto au bout de
quelques années et revendent leur équipement, alimentant ainsi un marché de
l’occasion riche et abondant. De même, plutôt que de taper dans le super haut de
gamme, il y a de très bons produits chez des équipementiers de milieu de gamme:
Hein Gericke, Spidi, Bering…
Le prix qu’on met dans son équipement correspond au prix auquel on
estime sa vie.
A combien estimez-vous la vôtre ?
Avec 900 ou 1.000 euros, on peut déjà se payer un bon équipement complet,
surtout avec de l’occasion :
- 200 euros pour le casque (neuf,
nécessairement)
- 150 à 200 euros pour le blouson avec doublure thermique
amovible
- 20 euros pour une dorsale homologuée
- 30 euros pour des gants
d’été
- 50 euros pour des gants d’hiver
- 100 euros pour un pantalon
textile avec coques
- 150 euros pour des bottes (neuves, 100 d’occasion)
-
50 euros pour une tenue de pluie deux pièces
- 15 euros pour un tour de
cou
Restent 200 euros à répartir entre des gants mi-saison étanches, une
protection dorsale amovible (de 100 à 150 euros en neuf) et une sous-veste en
polaire pour l’hiver.
Peut-être rajouter 100 euros pour un pantalon de
cuir…
“Wouah, 1.000 euros, il est fou ! C’est trop cher…”, me direz-vous ?
Non,
c’est le même montant que le pot non homologué que vous allez changer très vite
(sous prétexte de sécurité pour être mieux entendu dans les bouchons, mouarf !)
+ les repose-pieds en alu anodisé taillé dans la masse (trop vital, tu
comprends) + les protections en simili carbone sur les rétros (pour faire
“rassinje”) et autres conneries inutiles.
Rien qu’une ligne d’échappement
complète Akrapovic, c’est 1.000 euros…
Je compte 200 euros pour un bon casque intégral de milieu de gamme, avec une
peinture unie (mais vernie, plus résistante). Pas 400 ou 500 ou 700 roros pour
le dernier réplica Stoner à la mode qui ne le sera plus dans un an…
Et je ne
parle pas des gants “sport racing kéké romain qui flashent” à 70 ou 100 euros,
qui ne font pas mieux le boulot que des gants noirs à 30-40 euros.
Et là, ce sont les prix en neuf.
Avec de l’occasion, vous divisez par deux
ou trois. J’ai entièrement équipé mon frère pour 300 euros. La moitié pour un
casque neuf, l’autre moitié pour deux blousons, deux paires de gants, un
pantalon de pluie, une paire de baskets moto. Tout acheté sur eBay (sauf le
casque).
Dites-vous bien que c’est un investissement dans la durée.
La première moto, en général, ne se garde pas longtemps: six mois, un an, deux ans maxi (j’ai dit “en général”, il y a des exceptions). Tandis que l’équipement motard fera plusieurs années, entre deux et dix selon sa qualité et son utilisation plus ou moins intensive.
Si vous devez économiser des sous, c’est justement sur le prix d’achat de votre première bécane. Sans prendre une ruine, faites-vous la main sur un vieux truc moche et poussif qu’on ne vous volera pas, qui ne vous poussera pas au crime (et à la perte de points), qui saura vous limiter dans les excès et les poussées de testostérone.
Je sais bien que ça fait discours de vieux con. Mais je vois et je connais la
réalité. C’est dans les deux premières années de pratique qu’un(e) motard(e)
risque le plus d’avoir un accident.
Un débutant va chuter, c’est quasi
obligé, à 99%. Avec du bol, ce sera à l’arrêt ou à 10 km/h ou à 50 km/h. Tant
mieux ! Quand vous verrez les conséquences d’une chute à 50 (sur vous et sur la
moto), ça calme d’entrée de jeu. Moi en tout cas, ça m’a calmé pendant deux
ans…
Gardez vos sous, commencez petit et misez plutôt sur l’assurance, l’entretien
et l’équipement.
Cela ne sert à rien d’avoir une “belle” moto si vous ne
l’assurez pas pour bien la protéger, si vous n’avez pas de quoi lui mettre des
pneus neufs quand elle en a besoin et si vous ne pouvez pas vous payer un bon
équipement pour vous protéger en cas de pépin.
Je vois tellement de motards
avec des super bécanes qui pleurent quand arrive l’heure de la révision, qui
l’assurent au tiers, qui n’ont pas de quoi mettre de bons pneus neufs, qui
roulent avec des fringues de merde et n’ont même pas de quoi se protéger de la
pluie.
Tout dans la bécane, rien dans la tête !
Plutôt que de tout acheter au fur et à mesure, pourquoi ne pas prendre le meilleur et le plus important, et tout de suite ?
N’achetez peut-être pas dès le premier jour une tenue “grand froid” complète (quoique c’est en été qu’on fait les meilleures affaires sur les fringues d’hiver et vice-versa), mais mettez le paquet sur les équipements de protection : une dorsale (c’est vraiment important), des bottes ou bottines, des gants costauds (mais fins, pour bien sentir les commandes), des genouillères.
Plutôt que d’acheter un seul équipement pour toute l’année qui s’usera vite, prendre une tenue d’été et une tenue d’hiver vous permettra de les faire durer plus longtemps, tout en roulant dans le confort.
D’accord, un beau blouson de cuir noir, “c’est la méga-classe !” (c) Alain
Chabat dans la fausse pub pour English Blazer.
Sauf que le cuir (sans membrane), ce n’est
ni respirant ni étanche… Un cuir noir fait crever de chaud l’été, surtout s’il
est doublé en polyester ou en nylon. Et l’hiver, il se refroidit vite et reste
froid longtemps. Comme en général, il est ajusté, il n’y a pas de couche d’air
isolante. En plus, il faut l’entretenir, ce qu’on a tendance à négliger, du coup
il va vieillir plus vite et mal. Et en cas de glissade à bonne vitesse, c’est
300 ou 400 euros de perdus…
Alors qu’avec un bon blouson textile à 150 euros
avec tirettes d’aération, doublure thermique amovible et une surveste de pluie à
15 euros, on fait toute l’année tranquille, au frais l’été, au chaud l’hiver, au
sec l’automne. Et on ne perd pas grand-chose en cas de gadin.
Pour ce qui est de l’équipement proprement dit, mon témoignage est là:
Une des obsessions du motard “branché”, c’est la marque !
Il faut de la marque ! La méga-classe, c’est de porter tout l’équipement de
la même marque.
Déjà, rares sont les fabricants de casque qui font aussi des
vêtements…
Ensuite, un équipementier est rarement bon tout le temps sur chacun de ses
produits.
Ou alors, il faut taper dans du haut de gamme, très cher. Chez BMW,
IXS ou Rukka, presque tout est bon. Même ce qui est moins bon sera du niveau des
autres fabricants, mais vous le paierez 20% à 50% plus cher.
Par ailleurs, la plupart des grands équipementiers proposent plusieurs gammes. Chez Bering, Dainese, Spidi… il y a de l’entrée de gamme, du milieu de gamme et du haut de gamme, pour s’adapter au portefeuille de tous les motards.
Or le motard achète selon ses priorités : du haut de gamme pour le blouson
(souvent), du milieu de gamme pour les gants et les bottes, du bas de gamme pour
le pantalon.
Sur le même principe, selon la région et sa pratique, il va
investir plutôt dans l’équipement d’été ou celui d’hiver, ou essayer de trouver
quelque chose de polyvalent.
Alors il va prendre du haut de gamme pour certains équipements et du moins
bon pour d’autres. Parfois chez le même fabricant, mais souvent dans des marques
différentes.
Ou alors, c’est par fétichisme pour une marque, souvent celle de
sa moto, surtout si elle possède une forte identité. On retrouve ça chez BMW,
Ducati, Triumph, Harley…
En plus de ça, on achète rarement tout son équipement le même jour ! Alors on va dans des magasins différents, qui ne distribuent pas toujours les mêmes marques.
Alors oubliez la marque, on s’en cogne: seul le rapport qualité/prix du produit compte.