Une comparaison en termes d’analyse systémique (au sens de systèmes de transport) entre le milieu de l’aviation civile de transport de passagers et celui du transport routier de passagers par véhicules individuels s’avère riche d’enseignements.
Personnellement, je n’y avais jamais spécialement réfléchi.
C’est
Christophe Guillou, ancien formateur moto, formateur de moniteurs moto,
ex-coordinateur du projet de Guide pour la Formation des Motocyclistes (GFM) à
l’Institut national de Sécurité Routière et de Recherches (INSERR), qui a attiré
mon attention sur ce sujet lors d’un entretien dans le cadre d’un travail de
recherche en accidentologie moto.
Principe de base : ce n’est pas l’accident lui-même qui pose
problème, mais ses conséquences.
Des “accidents”, au sens de “événement
imprévu, fortuit, soudain et inattendu qui entraîne des dégâts et des dommages”,
il s’en produit tous les jours, partout, tout le temps. Cela ne nous gêne pas,
tant que leurs conséquences demeurent acceptables, c’est-à-dire socialement,
médicalement, financièrement tolérables.
A partir de cette notion de seuil de tolérance, on peut affirmer que l’accident de la circulation n’est pas toujours tolérable, cela dépend de sa gravité.
Dans le cas du système de transport aérien de passagers, l’accident n’est pas toléré car il implique (presque forcément) des morts en grand nombre.
Dans le cas du système routier, l’accident est toléré tant que ses conséquences restent “minimes” : soit seulement matérielles (tôle froissée), soit corporelles (blessés légers, voire graves, mais sans séquelles durables).
C’est sur ces bases que s’est construit le système routier de nos sociétés
occidentales modernes, avec le symbole de la voiture de tourisme sur laquelle la
société a fait un choix collectif : que tout le monde ait accès à ce moyen de
transport individuel. Un choix démocratique.
Le taux d’équipement des foyers
en voitures individuelles constitue d’ailleurs un indicateur reconnu de
l’avancement politique et économique d’une société.
Mais en mettant tout le monde sur la route, en donnant le droit de conduire à
tous, la société ferme les yeux sur les inégalités que nous affichons tous face
à l’acte de conduite automobile, un acte complexe qui met en jeu de nombreuses
procédures sensorielles, intellectuelles et sensori-motrices.
En d’autres
termes, nous ne sommes pas tous égaux face à la conduite.
Nous sommes censés être au moins égaux devant la formation à la
conduite.
Mais là aussi, au-delà de la théorie, des inégalités matérielles
existent. Tout le monde ne suit pas le même nombre d’heures de formation
initiale. Cette formation est encadrée, mais peu ou pas normalisée. Les écoles
de conduite ne sont pas toutes logées à la même enseigne.
L’examen du permis
de conduire est censé constituer une forme de norme, mais nous savons tous que
les inspecteurs du permis de conduire ne travaillent pas tous de la même
manière, n’ont pas les mêmes exigences.
Il n’existe pas de visite médicale,
ni d’obligation de formation continue, ni même de recommandation, même pas de la
part des assureurs (ou pas tous).
En résumé, on conserve un haut
degré de risque et d’incertitude lié au facteur humain.
Côté véhicules, ce n’est pas mieux.
Le parc national de voitures affiche
une immense diversité dans les gabarits, les performances, l’équipement en
système de sécurité, la fiabilité mécanique. Hormis un contrôle technique
minimal obligatoire au bout de 4 ans, puis tous les deux ans, on laisse chaque
conducteur libre et responsable de l’entretien de son véhicule.
Ainsi roulent
chaque jour sur nos routes des véhicules avec des pneus sous-gonflés, des
plaquettes de freins usées, des pneus usés, des filtres à air encrassés,
etc.
Le seul équipement de sécurité obligatoire dans les véhicules carrossés
est la ceinture de sécurité, mais si elle est présente partout, son utilisation
reste partielle, surtout pour les passagers.
Dernier aspect, l’infrastructure routière, on sait ce qu’il en est.
Là
aussi règnent hétérogénéité, normalisation minimale, multiplicité des niveaux de
responsabilité et de compétence.
En résumé, avec le transport automobile accessible à tous, chacun accepte le principe qu’il y aura des accidents.
C’est ce que l’on appelle un milieu de fréquence : on sait qu’il y aura beaucoup d’accidents, mais on va essayer de faire en sorte d’en diminuer le nombre, et surtout les conséquences, que les gens ne soient pas irrémédiablement blessés ou tués dans ces accidents.
La route, c’est “beaucoup d’accidents, mais de faible gravité, si
possible.”
Dans l’aviation, c’est l’inverse : la forte gravité des accidents
entraîne l’obligation du “zéro accident, si possible”.
L’aviation a instauré un système totalement sécurisé, dans toutes ses composantes : le conducteur, le véhicule, l’environnement.
L’aviateur est trié sur le volet, contrôlé médicalement apte, formé pendant des mois, voire des années, avec obligation de formation continue tout au long de sa carrière (d’ailleurs limitée dans le temps), avec des certifications spécifiques pour chacun des appareils différents qu’il aura à piloter.
Les avions sont conçus dès le départ pour une sécurité maximale, avec des
commandes doublées, voire triplées, la capacité de voler sur un seul moteur,
avec des systèmes anti-incendie, la capacité de résister à de très fortes
contraintes mécaniques (vents, ouragans, orages, trous d’air,
turbulences,
etc.), voire à la foudre…
Afin de s’assurer que cette sécurité demeure optimale tout au long de la durée de vie de la machine, ces véhicules sont soumis à des révisions, des vérifications constantes, une maintenance dont la durée égale voire dépasse le temps de service effectif de l’appareil, et qui est effectuée par des techniciens qualifiés, formés tout au long de leur carrière.
L’environnement du système de transport aérien est surveillé en permanence,
organisé par des contrôleurs aériens qui savent à chaque instant où se situe
chaque appareil, d’où il vient et où il va.
Chaque action est encadrée,
définie par des procédures strictes, communes à tous dans le monde entier, avec
un langage commun.
L’outil global de transport aérien doit être capable de
maîtriser les risques de fréquence, avec un système du type « un accident pour
un million d’incidents ».
Bref, un système sécurisé à 99,99%. Rien à voir avec le système routier.
Or la moto, en tant que mode de transport, présente de nombreuses
caractéristiques communes à l’avion. Et notamment que le moindre accident
implique presque toujours des conséquences corporelles et souvent
mortelles.
Le transport à moto devrait donc répondre au même principe du
“zéro accident si possible”.
On voit tout de suite le problème : un mode de transport proche des
contraintes de l’aérien se déplace dans un système qui ne rassemble presque
aucune des conditions requises.
L’outil moto se déplace au milieu
d’un monde qui n’est pas fait pour lui, sur un réseau routier conçu dans une
optique de nombreux accidents à basses conséquences.
Et il n’existe que peu (voire pas) de moyens de modifier cet état de faits.
Former les motards comme des aviateurs ?
Il faudrait
accepter que seule une petite partie d’entre nous rassemblera l’ensemble des
exigences physiques, cognitives et sensori-motrices pour conduire une moto en
totale sécurité, quelles que soient les circonstances.
Ce n’est plus 1 ou 2
millions de motards qu’il y aura en France, mais dix fois moins !
Et encore
ceux-ci devront-ils eux aussi accepter de subir des contrôles médicaux et des
tests d’aptitude réguliers, de suivre des formations continues, de repasser ces
tests à chaque fois qu’ils changent de moto, etc.
Le tout à leurs frais, bien
sûr…
Adopter sur les motos les mêmes niveaux de sécurité que sur les
avions ?
Demander au véhicule moto un niveau de fiabilité comparable
à celui d’un avion le rendrait tellement cher qu’il serait inaccessible
financièrement à 99% d’entre nous.
Renforcer la sécurité de l’environnement ?
Qui a envie de
rouler à moto sur une route surveillée en permanence, où il sera constamment
fliqué et remis dans le droit chemin à la moindre incartade ?
Que faire alors ?
On peut agir sur une petite partie de l’ensemble de ces composantes du
système. Améliorer la formation initiale des motards. Inciter à la formation
continue. Favoriser l’adoption des système de sécurité sur les motos (freinage
ABS, par exemple). Renforcer le niveau de protection des équipements. Rehausser
le niveau de sécurité des routes, normaliser l’infrastructure…
Tout cela
requiert beaucoup de temps et de moyens.
Mais l’enjeu fondamental reste l’intégration de cet “orni” (objet roulant non identifié) qu’est la moto dans un système qui n’a pas été conçu pour lui, c’est-à-dire la prise en compte des motards par l’ensemble des autres usagers, par les pouvoirs publics, par les responsables de l’infrastructure, par le législateur, etc. Bref, par toute la société.
Et pour quoi, pour qui ? Pour une population d’usagers minoritaire, qui
représente environ 30 millions de personnes sur les 460 millions d’habitants de
l’Union européenne.
Croyez-vous que nos sociétés accepteraient de modifier
profondément leurs modes de déplacement pour assurer la sécurité de “seulement”
6,5% de la population ?
Il appartient donc au motard lui-même - tout seul dans son coin ou organisé en groupe, association de défense, moto-club, etc. - de se comporter en “vrai” pilote, c’est-à-dire en aviateur.
Je m’explique sur la notion de “vrai pilote”.
D’abord, une définition du
terme. Pilote : personne qui est chargée de conduire un avion, une voiture, un
bateau… Synonymes : aviateur, barreur, conducteur, timonier.
Toutefois, le
mot “pilote” et son corollaire, le pilotage, recouvrent une notion de conduite
“supérieure”, qualifiée. Qu’il soit de chasse (en avion), de port (en bateau) ou
de course (en voiture), le pilote est celui qui conduit mieux que les autres,
qui possède une compétence de pilotage supérieure à celle de la conduite en
général.
C’est sur cette notion de “meilleure conduite” que s’appuient les motards qui
se désignent, se conçoivent comme des pilotes. Parce que l’examen du permis de
conduire de catégorie A est plus complet que le B, parce que la conduite d’une
moto sur le système routier réclame une plus grande attention (pour toutes les
raisons vues plus haut), parce que les motos de série sont sans doute les
véhicules routiers qui se rapprochent le plus des machines utilisées en
compétition de vitesse, parce qu’une moto est un engin qui répond à la moindre
sollicitation du corps, au moindre changement de position, qui accélère et
freine fort…
Beaucoup de motards ne parlent pas de “conducteur” de moto, mais
de pilote.
Pour autant, se comportent-ils comme des pilotes ?
Les pilotes
“professionnels” sont des spécialistes hautement qualifiés dans leur domaine
respectif, avec toute une série de tests, d’examens, de contrôles que nous avons
déjà évoqués. Difficile à reproduire pour un motard “civil”.
Comment un motard pourrait-il se comporter en “vrai pilote”
?
Je connais assez bien le monde l’aviation militaire. Par passion
personnelle pour l’aviation de combat autant que par mes études, mes contacts
amicaux, familiaux et professionnels dans l’armée de l’Air, j’ai pu approcher
des pilotes et divers personnels de l’Air, discuter avec eux, étudier les
procédures des pilotes militaires.
Je peux témoigner que ce ne sont pas des
“Rambo”, ni des “casse-cous”. Un pilote militaire est un professionnel dont la
principale qualité est de savoir analyser un très grand nombre d’éléments
d’information pour pouvoir prendre, dans un temps extrêmement court (on parle en
secondes ou dixièmes de seconde), une décision irrévocable aux conséquences
graves.
Ouvrir le feu à partir d’un avion de guerre, que ce soit par un tir canon, un tir de missile ou un largage de bombe, ce n’est jamais anodin. Une fois que la munition a été mise à feu, on ne peut la rappeler, la rattraper. Il est donc fondamental d’être certain à 100% d’avoir ouvert le feu à bon escient.
Même en dehors des missions armées, un pilote prend l’air aux commandes d’un
avion qui ne lui appartient pas et qui vaut plusieurs dizaines de millions
d’euros (entre 50 et 100 millions pour un Rafale, selon ce qu’on inclut dans le
coût unitaire). Lui-même, en tant que pilote formé pendant au moins trois ans
aux frais de l’Etat, vaut une fortune.
Inutile de dire qu’à ce tarif-là, on
déploie un luxe de précautions pour éviter tout accident…
Tout est là, dans les précautions, dans les mesures mises en place AVANT le
départ.
Il ne s’agit pas tant de compétence de pilotage pendant le
déplacement (en vol ou sur route) que d’adopter une attitude professionnelle
pour se concentrer dès la mise au point du plan de vol sur ce qui est nécessaire
pour que tout se passe bien jusqu’à l’arrivée.
Première étape: choisir le bon appareil.
On ne vole pas sur le même type d’avion pour une mission d’interception que
pour un bombardement, une reconnaissance ou de la détection en vol. Pareil pour
les motos : certaines sont plutôt faites pour rouler vite en solo, d’autres pour
rouler loin en duo, certaines ne tolèrent que les bons bitumes, d’autres
acceptent d’emprunter des chemins, etc.
Comme la majorité des motards ne
disposent que d’une seule moto, la question de prendre un véhicule pour chaque
type de déplacement ne se pose pas. Mais on peut au moins songer à adapter la
moto au type de mission envisagé: prévoir de la bagagerie pour un long voyage,
surgonfler les pneus en cas de long trajet autoroutier, régler les suspensions,
etc.
Deuxième étape: l’équipement
Assurer sa propre sécurité pour un pilote, c’est non seulement mettre en
oeuvre un haut niveau de compétence de pilotage, mais aussi savoir que tout
homme est faillible, que l’erreur est humaine et que l’accident peut toujours se
produire.
Le bon pilote revêt donc la tenue adaptée à sa mission : toujours
un casque, toujours à la bonne taille, bien réglé et attaché, toujours avec un
écran ; toujours des gants, adaptés au climat, mais toujours dotés de
protections à la paume, aux phalanges et à la tête cubitale du poignet) ;
toujours des chaussures, bottines ou bottes qui protègent la cheville, les
orteils et la malléole ; toujours un blouson ou une veste avec protections
homologuées CE aux épaules et coudes.
Selon le temps, la longueur du trajet,
sa nature (tourisme, balade tranquille, arsouille) et l’environnement (route,
tout-terrain, circuit), il portera des protections supplémentaires : pantalon de
cuir avec ou sans coques aux genoux et hanches, protection dorsale, tenue de
pluie, sous-vêtements chauds, blouson ventilé, gants chauffants, etc.
Troisième étape : la check-list
Avant chaque trajet en “territoire ennemi”, se faire une liste des éléments à
vérifier, que ce soit sur la moto, sur votre équipement et sur ce que vous
emmenez.
Sur la route à moto, surtout si vous partez seul(e), la moindre défaillance
mécanique, l’oubli d’un équipement, une carte ou une feuille de route
incomplète, peut causer de gros soucis. Visualisez mentalement l’intégralité de
l’itinéraire et pensez à tout ce qui pourrait vous être utile. Etudiez la météo
et voyez s’il y a un risque de pluie ou de froid. Faites une feuille de route,
prévoyez les temps d’arrêt et de pause et s’il y a probabilité d’arriver de
nuit, pensez aux équipements réfléchissants.
Sans aller forcément jusqu’à
rédiger une “check-list” écrite complète à cocher, prenez au moins un moment
bien avant de partir (pour éviter d’être perturbé(e) par l’excitation du départ)
pour réfléchir à tout.
Avant chaque départ en voyage, mettez au point votre
propre procédure pour vérifier le niveau d’huile moteur, la pression des pneus,
le plein de carburant, le niveau de la batterie…
Juste avant de partir,
vérifiez que chaque chose est à sa place, ne serait-ce que pour ne pas avoir à
chercher, à tout déballer, pour mettre la main sur le petit truc qui se cachait
au fond d’un sac.
Et l’essentiel: vérifiez que tous vos documents de vol
(pardon, de circulation) sont bien en place, accessibles facilement et à
jour.
Après chaque pause, chaque arrêt, refaites le tour. N’avez-vous rien oublié ? Vos poches sont-elles bien fermées ? Tout est toujours bien arrimé sur la moto ? Rien n’a bougé ? La pression de pneus n’a pas varié ? Pas de fuite de fluides visible sous la moto ?
Une check-list écrite n’est qu’un moyen de rien oublier. Si vos procédures mentales sont au point, restez-en là. Mais si vous vous apercevez après plusieurs voyages que vous avez tendance à oublier des choses, réfléchissez-y à deux fois et n’ayez pas honte de tout mettre par écrit. Cela ne fera pas de vous un mauvais pilote, mais un professionnel sérieux.
Quatrième étape : le plan de vol
Il est facile de sauter sur sa moto et de partir rouler le nez au vent. Mais
tout le monde sait que la plupart des accidents se produisent dans un rayon de 5
km autour de son domicile, souvent sur de courts trajets quotidiens (on connait
“par coeur”, alors on fait moins attention) ou sur des déplacements
inopinés.
Si vous roulez sans savoir où vous allez, vous augmentez évidemment
le risque de décider de changer de direction au dernier moment, donc de
surprendre un autre usager.
Avoir au moins une idée du trajet, avoir pris le
temps de tracer un itinéraire sur carte, disposer d’une feuille de route ou
avoir programmé un itinéraire sur son GPS avec guidage vocal permet de se
concentrer sur sa conduite.
Autre point, ne vous jetez pas de suite, dès la sortie du garage, dans un combat tournoyant en pleine circulation ! Surtout si vous partez pour un trajet autre que le sempiternel domicile-travail-domicile, démarrez progressivement et augmentez le rythme progressivement. Laissez-vous le temps de vous habituer, de vous concentrer sur la conduite, de ressentir les réactions de la moto.
Cinquième étape : les tactiques de combat
La conduite sur route ouverte, comme le vol en territoire hostile, est un processus mental complexe qui met en oeuvre des processus sensori-moteurs qui ont été analysés et classifiés selon une nomenclature qui porte différents noms : VADA (voir, analyser, décider, agir), OCDA (observer, comprendre, décider, agir), PADA (percevoir, analyser, décider, agir)… Certains parlent aussi de CIPDA (chercher, identifier, prévoir, décider, agir).
Les militaires utilisent la notion de “boucle OODA” (observer, orienter, décider, agir), un concept inventé par un instructeur militaire de l’US Air Force, le colonel John Boyd. L’idée de base est de vaincre un ennemi et lui survivre par quatre processus se chevauchant et interagissant: “Observe, Orient, Decide and Act”, qui permettent de formaliser le cycle de décision.
Premier processus, observer
Il ne s’agit pas de juste
“voir”, mais de “chercher-identifier”, de regarder avec une démarche active tous
les éléments d’information qui se présentent en avant, derrière et sur les
côtés. Il s’agit de rechercher les menaces potentielles, de déterminer
rapidement si elles représentent une menace réelle ou non, et de ne pas perdre
de temps à traiter ce qui n’est pas une menace.
Deuxième processus, s’orienter
Il s’agit de s’orienter
mentalement et physiquement pour être capable de traiter toutes les menaces qui
pourraient affecter votre mission. Cela concerne aussi bien votre position sur
la moto que la position de la moto sur la route, ou sa vitesse. L’objectif est
de constamment s’adapter à la configuration de l’environnement pour conserver la
meilleure observation possible.
Troisième processus, décider
Il peut paraître aisé de
prendre une décision simple face à une situation de danger, comme par exemple
choisir de freiner, d’éviter ou d’accélérer face à une voiture qui vous déboîte
sous le nez. Mais cette décision dépend en fait d’un grand nombre de variables,
parmi lesquelles (en vrac) les conditions météo, le niveau de compétence de
pilotage, les habitudes prises ou le niveau d’entraînement dans les différentes
manoeuvres possibles. Décider de la manière de gérer une situation délicate
s’avère difficile quand vous n’êtes pas certain des réactions de la moto parce
que vous n’avez jamais pratiqué de manoeuvre d’évitement.
Pour répondre de la
façon la plus adaptée à un environnement dynamique, changeant, il faut être
capable de mettre en oeuvre toutes les solutions possibles. D’où l’importance de
l’entraînement.
Exemple, un motard de ma connaissance, débutant avec moins d’un an de permis, part rouler (très tranquillement) avec son fils derrière lui. A un rond-point, une voiture le dépasse par la gauche et vient lui couper la route de la sortie qu’il voulait emprunter et où circulait déjà une autre voiture. Tout ce qu’il a vu a été un mur de métal en face de lui, il était persuadé de ne pas pouvoir freiner à temps. Il a avant tout pensé à son fils, à ne pas percuter pour éviter la collision frontale et donc il a couché la moto. Pas trop de casse physique au final, tout le monde s’en sort bien. Ce n’est qu’après qu’il s’est rendu compte qu’il aurait peut-être pu s’arrêter à temps, s’il avait su effectuer correctement un freinage d’urgence sur l’angle, qu’il aurait pu voir venir la situation de conflit, ou encore qu’il aurait pu pratiquer un évitement en rebasculant la moto sur la gauche.
Quatrième processus, agir
La dernière étape qui résulte
des trois autres. Ce n’est que parce que vous aurez bien observé, vous serez
bien orienté et aurez pris rapidement une décision que vous pourrez entreprendre
toutes les manoeuvres nécessaires pour éviter la menace, que ce soit de
simplement ralentir bien avant l’obstacle parce que vous l’aurez senti venir ou
un évitement d’urgence au dernier moment.
Dans toutes les configurations, la
concentration et l’entraînement jouent un rôle fondamental.
Comme tout pilote
professionnel, vous ne devez prendre les commandes de votre machine qu’en étant
au meilleur de votre condition physique et mentale.
Et comme tout pilote, vous devez vous former et vous entraîner,
régulièrement, encore et toujours. Pas forcément tous les jours comme un pilote
de course, pas forcément toutes les semaines comme un pilote de chasse, pas
forcément pendant trois mois tous les cinq ans comme les motocyclistes des
forces de l’ordre…
Mais une demi-journée de maniement sur un parking par an,
un stage d’un week-end tous les deux ou trois ans, ce serait déjà pas mal !
A
l’heure actuelle, moins de 10% des motards français ont déjà suivi ne serait-ce
qu’une journée de formation post-permis dans toute leur vie. On en voit le
résultat tous les jours sur la route…
Précision: si vous prenez la peine de lire ces articles,
vous verrez que je fais bien la différence entre “stage de pilotage” (sur
circuit, pour le circuit, dans une optique de recherche de vitesse et de
sensations) et “stage de perfectionnement de conduite” (sur circuit aussi pour
raisons de sécurité, mais orienté route, dans une optique de recherche de
sécurité).
Ces formations ne nécessitent pas le port d’une combinaison de
cuir, on les suit avec sa propre moto. Elles coûtent encore trop cher à mes
yeux, alors que les mêmes coûtent 50% moins cher ailleurs en Europe. Mais d’une
part, vous pouvez les faire financer par votre entreprise au titre du Droit
Individuel à la formation (DIF), d’autre part, la plupart donnent droit à une
réduction de la prime d’assurance.
Il faut arrêter de dire qu’il est
impossible de se former parce que c’est cher !